Manuel Meszarovits

Photo humanitaire - Enfant soldat

Les enfants soldats et la guerre

L'expression « enfant soldat » désigne toute personne âgée de moins de dix-huit ans qui fait partie de toute force ou groupe armé, régulier ou irrégulier. Les enfants sont plus susceptibles de devenir des enfants soldats s'ils sont pauvres, séparés de leurs familles, déplacés de leurs foyers, s'ils vivent dans une zone de combat, ou s'ils ont un accès restreint ou inexistant à l'éducation.

Quand ils veulent et peuvent raconter, c'est l'horreur : N'épargnez aucun être vivant. Amputez, Tuez, Pillez. La main sur un tronc d'arbre, un coup de machette « j'étais chargé de serrer la corde pour arrêter l'hémorragie ». Les mains coupées sont aspergées d'un produit chimique pour éviter la décomposition. On les met dans un sac, « j'en ai compté 60 ». Une femme se débat, un « spécialiste de 10 ans » vient lui trancher le bras. « Moi, j'ai aidé à couper les deux jambes... On utilise les sécateurs pour couper les muscles et la hache pour briser les os ». On brûle les maisons, on tue. Combien ? Le narrateur, 15 ans, compte sur ses doigts. « Un peu plus de 30 personnes dans deux villages, c'est sûr. Apres je ne sais plus ». Un autre enfant de 15 ans, capturé à 12 ans, timide et triste raconte les injections de drogue, I'entraînement, la milice ou il y a toujours des enfants plus petits de 7, 8 et 9 ans. On ne faisait pas de prisonniers. Jamais. On déshabille les survivants, on leur coupe une oreille ou le sexe. On les force à les manger avant de les tuer. As-tu mangé le foie de tes ennemis ? « Oui ». On nous entraîne aux fusils, à la mitraillette. « Je sais toujours démonter une kalachnikov, les yeux fermés ». Il mime l'opération, gestes sûrs sans erreur. Telles sont les atrocités exercées sur les populations civiles par les enfants soldats. Bien que scandaleuse, l'appellation d'enfants soldats est trop douce pour ces tueurs forcés qui n'ont pas eu d'enfance.

Qui est considéré comme un enfant soldat

L'expression « enfant soldat » désigne toute personne âgée de moins de dix-huit ans qui fait partie de toute force ou groupe armé, régulier ou irrégulier. Le terme « enfant soldat » ne s'applique donc pas uniquement à un enfant qui porte ou a porté les armes. Ceci inclut les participants, enfants ou adolescents, quelle que soit leur fonction. Les cuisiniers, les porteurs, les messagers, les filles recrutées à des fins sexuelles, et d'autres fonctions d'appui, sont pris en compte aussi bien que ceux considérés comme combattants. Ceux qui ont été enrôlés de force comme ceux qui se sont engagés volontairement sont inclus.

Historique

La participation des enfants et des adolescents à des combats ou leur socialisation par des institutions militaires ne datent pas d'aujourd'hui. Dans l'ancien Sparte, au VIIIe siècle avant J.-C., l'éducation des enfants dans des unités d'entraînement débutait dès l'âge de sept ans. La 5e Croisade, précédée en 1212, par la croisade des Enfants, eut recours à des milliers de jeunes pèlerins allemands et français qui périrent d'épuisement sur la route de la Terre Sainte.

Au XVIIIe siècle, les fils de la noblesse prussienne destinés à une carrière militaire étaient sélectionnés dans des académies militaires entre l'âge de 12 et 18 ans et plusieurs recevaient leur baptême du feu durant cette période. Le célèbre théoricien militaire Karl von Clausewitz a reçu le sien à l'âge de treize ans.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs États ont eu recours à des enfants ou des adolescents pour pallier au manque de soldats adultes. Ainsi, en 1945, un nombre inconnu d'enfants japonais se sont battus à Okinawa contre les Américains et environ 5 000 membres de la Jeunesse hitlérienne ont participé à la bataille de Berlin contre l'Armée rouge.

Jusqu'à tout récemment, le rôle réel des enfants dans des combats était généralement limité par le poids et la complexité du maniement des armes. Les enfants-soldats étaient donc affectés à des tâches moins physiques, telles les services de courrier ou de cuisine, la surveillance de route, l'espionnage, la musique militaire...

De plus, il existe peu d'exemples historiques témoignant de la participation des fillettes aux activités militaires. La fin du XXe siècle, avec son évolution technologique et la nature particulière de ces conflits, a donné un nouveau visage au phénomène des enfants soldats. Etant donné la durée de nombreux conflits, la confusion des cibles militaires et civiles et la prolifération des armes légères, l'implication d'enfants dans les conflits a augmenté dans les dernières décennies.

Combien sont-ils ?

Malgré le manque de chiffres précis, on estime le nombre des enfants soldats à 300 000 au minimum à combattre un peu partout dans le monde. Pourtant ces enfants de 10 à 15 ans sont déjà des soldats, poussés au crime par des adultes qui leur ont appris à tuer. Très souvent, on les a enrôlés de force. Il faut y ajouter dans certains pays, des centaines de milliers d'enfants très jeunes, de 10 ans, parfois moins, membres des armées gouvernementales ou des forces rebelles, non combattants mais mobilisables à tout moment. Les enfants font d'excellentes recrues parce que les adultes peuvent les dominer. Ils sont obéissants, dociles. Ils sont souvent inconscients face au danger, ils désertent rarement et ne se plaignent pas. En outre, ils coûtent moins cher : ils se nourrissent peu et se contentent de petites soldes.

Raisons de recrutement

Les raisons qui font qu'un enfant se retrouve enrôlé dans une armée gouvernementale, ou des troupes rebelles, sont évidentes : dans de nombreux cas, ils sont enlevés et contraints par la force ; dans d'autres, ils rejoignent volontairement un groupe armé parce qu'ils sont sans défense, la guerre ayant provoqué l'éclatement des familles et détruit les écoles ; parfois ils veulent tout simplement se venger de ce qu'ils ont subi ou même se rendre utiles, victimes de la propagande des adultes.

Les forces armées de plus d'une trentaine de pays trouvent ainsi un grand intérêt à recruter des enfants, souvent dès l'âge de huit ans : en effet, ils passent facilement inaperçus lorsqu'il s'agit de collecter des renseignements ; ils combattent avec le courage que prodigue l'inconscience, prenant la guerre pour un jeu ou désirant prouver leur valeur aux plus âgés ; ils sont aussi particulièrement obéissants et impressionnables. Quant aux fillettes, elles servent d'esclaves sexuelles pour « adoucir la tristesse des combattants »...

Souvent les enfants combattent sous l'influence de drogues fournies par les adultes. Certains enfants doivent prendre part aux tortures et aux meurtres des rebelles capturés. Les enfants sont plus susceptibles de devenir des enfants soldats s'ils sont pauvres, séparés de leurs familles, déplacés de leurs foyers, s'ils vivent dans une zone de combat, ou s'ils ont un accès restreint ou inexistant à l'éducation. Les orphelins et les réfugiés sont particulièrement vulnérables. En dépit des arguments selon lesquels les enfants soldats ont été volontaires, ils sont souvent contraints de rejoindre les groupes armés.

Les raisons de "l'engagement volontaire" peuvent être la participation de parents, les menaces, la corruption et les promesses fallacieuses de compensation. Les recherches ont toutes montré que les enfants soldats s'engageaient pour trouver une protection, ou pour se procurer de la nourriture, des vêtements, ou un abri. Ces raisons rendent impossible un libre choix de l'enfant.

L'implication des enfants dans un conflit armé représente la plus notable des atteintes aux droits de l'enfant. Elle a des répercussions importantes sur leur développement, particulièrement en ce qui a trait à leur identité, et peut les conduire à l'isolement social, à la violence et à des capacités éducatives et économiques réduites.

L'absence d'inscription systématique à l'état civil à la naissance aggrave le problème. Le développement de l'enfant est un processus dynamique où se développe la socialisation, les valeurs et traditions culturelles, le sexe et l'appartenance ethnique, et la participation à la vie de la communauté. Les enfants développent leur identité propre et leur processus de développement, principalement pendant l'adolescence.

L'impact de l'utilisation des enfants soldats

Les enfants soldats perdent non seulement leur enfance et les chances d'être éduqués et de se développer normalement ; ils risquent aussi des blessures, des traumatismes psychologiques et la mort. Ils souffrent de façon disproportionnée par rapport aux adultes des rigueurs de la vie militaire. La malnutrition, les infections respiratoires et de la peau, les blessures dues aux mines anti-personnelles sont courantes. Les enfants soldats sont aussi exposés aux risques d'abus de drogues et d'alcool, de maladies sexuellement transmissibles, notamment du Sida, et de grossesses non désirées.

On commence seulement à comprendre l'impact psychologique de cette participation d'enfants à des conflits armés, en particulier pour ceux qui ont été témoins ou qui ont commis des atrocités. Selon une fille de 14 ans enlevée par le Front uni révolutionnaire en Sierra Leone en janvier 1999, « J'ai vu des gens avoir les mains coupées, une fillette de 10 ans violée et en mourir, et tant d'hommes et de femmes brûlés vivants... Tant de fois j'ai seulement pleuré dans mon cœur parce que je n'osais pas pleurer ouvertement. »

Engagements oubliés

La large utilisation d'enfants soldats par les forces armées et les groupes d'opposition armés en Afrique viole les normes juridiques régionales et internationales sur la protection de l'enfant. L'interdiction de tout recrutement d'enfants de moins de 15 ans fait maintenant partie du droit coutumier international. Elle s'impose donc à toutes les forces armées et à tous les groupes d'opposition armés, que l'Etat soit partie aux traités internationaux, ou même qu'il n'y ait pas d'Etat.

En outre, il y a un consensus croissant sur l'interdiction de la conscription ou du recrutement forcé des enfants de moins de 18 ans. Cette norme résulte du Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication des enfants dans les conflits armés, de la Convention n° 182 de l'Organisation internationale du travail, et de la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant.

La Charte africaine est la seule norme régionale qui définit des objectifs régionaux progressifs et ambitieux pour l'interdiction de recruter des enfants. L'Union africaine a fait des déclarations politiques fermes sur le problème des enfants soldats. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l' Ouest (CEDEAO) a pris un certain nombre d'initiatives sur les enfants impliqués dans la guerre, et a déclaré récemment l'Afrique de l'ouest « zone sans enfants soldats ». Malgré ces importants faits nouveaux dans l'ordre juridique et politique, leur mise en oeuvre reste problématique.

Dans son rapport de novembre 2002 au Conseil de sécurité de l'ONU sur les enfants impliqués dans les conflits armés, le secrétaire général Kofi Annan a désigné plusieurs parties à des conflits qui recrutent ou utilisent des enfants en violation des obligations internationales. Il s'agit du Burundi, du Libéria, de la République démocratique du Congo, et de la Somalie. Il a également exprimé des préoccupations au sujet de conflits armés anciens ou en cours en Angola, Guinée-Bissau, Mozambique, Ouganda, République du Congo, Sierra Leone et Soudan.

Dans la résolution n° 1460, le Conseil de sécurité de l'ONU a invité toutes les parties aux conflits armés à mettre fin au recrutement et à l'utilisation des enfants et à élaborer des plans d'action précis et assortis d'un calendrier pour mettre fin à cette pratique.

La réinsertion de ces enfants est-elle possible ?

Pour mettre fin au recrutement d'enfants et favoriser la réintégration des enfants soldats en Afrique, les Nations Unies et d'autres organismes soutiennent les programmes DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration). Les programmes de DDR sont extrêmement importants pour les efforts de construction de la paix et pour la stabilité ainsi que le développement à long terme des sociétés après les conflits. L'adaptation à la vie civile après avoir vécu dans un milieu hautement militarisé peut être extrêmement difficile, en particulier pour ceux qui ont perdu leur famille ou que celles-ci ont rejeté, ou dans des sociétés dont la structure sociale a été brisée par des années de guerre. Une attention particulière doit être donnée dans ces programmes aux épreuves et aux besoins des filles, souvent oubliées par les programmes d'assistance, et désavantagées par la stigmatisation sociale.

Le désarmement

Le désarmement correspond à la collecte, au contrôle et à la mise au rebut des armes, ainsi qu'à des programmes de gestion des armes. Le déminage est souvent généralement considéré comme faisant partie intégrante du désarmement. Les aspects spécifiques portent sur les campagnes d'information sur les risques des mines et de la sécurité par rapport aux armes. Bien que le désarmement soit un enjeu important de la protection de l'enfance, il faut insister sur les volets de démobilisation et de réintégration en ce qui concerne les enfants soldats.

La démobilisation

La démobilisation correspond au processus par lequel les forces armées sont dissoutes ou leurs effectifs réduits. La démobilisation peut être la conséquence d'une restructuration militaire après une guerre ou à la suite d'un accord de paix. Elle consiste au rassemblement, au désarmement et à la libération des combattants, ainsi qu'à l'octroi de compensations ou d'un appui à ces derniers. Le stationnement et le cantonnement sont des termes qui sont aussi utilisés pour désigner la phase de rassemblement.

La réintégration

Alors que la démobilisation correspond au moment où un enfant quitte la vie militaire, la réintégration désigne le processus où il rejoint la vie civile. Les programmes de réintégration doivent appuyer l'enfant vers une nouvelle voie de développement constructive. La réintégration au sein de la communauté ne suffira pas si les enfants ne peuvent pas aller à l'école ou n'ont pas les moyens d'acquérir des connaissances, d'apprendre un métier ou de gagner leur vie, ce qui les rend vulnérables à un nouveau recrutement par des factions armées.

Le développement de l'enfant soldat a été affecté de diverses manières par son expérience dans le conflit armé. Le contexte familial et communautaire a inévitablement changé du fait d'une pauvreté accrue, de la mort de membres de la famille et d'amis, d'un déplacement, voire d'une réinstallation. Ceci porte à se demander quelle est la signification des termes réintégration, réinsertion, réadaptation et réhabilitation.

Réintégration dans quoi ? Le problème qui se pose est celui de l'adaptation à des réalités nouvelles. Le processus est complexe et doit prendre en compte de nombreux enjeux liés les uns aux autres : santé et besoins élémentaires, soutien psychosocial, contexte familial, établissement de relations positives et possibilités d'éducation et d'activités génératrices de revenus. La combinaison de ces éléments - facteurs sociaux et économiques - est essentielle.

L'expérience montre que trois facteurs sont fondamentaux à une réintégration réussie :
1. La réunification des familles et un environnement communautaire accueillant
2. Un soutien psychosocial
3. Des opportunités d'éducation et des sources de revenus.

Réunification des familles et réseaux communautaires

L'expérience a systématiquement montré que les relations familiales et communautaires sont les facteurs fondamentaux de la réintégration des enfants soldats, la famille jouant le premier rôle dans leur retour à la vie civile. La possibilité que les anciens enfants soldats mènent une vie indépendante ou aient des enfants, avec ou sans partenaire, doit être prise en compte précocement par les programmes de réintégration.

La réintégration dans les familles et les communautés prend du temps et doit impliquer un processus approprié d'acceptation et d'adoption de nouveaux rôles. La mobilisation des communautés est aussi importante que les aspects plus techniques d'identification et d'organisation de la réunification des familles. Les leçons tirées montrent l'importance des activités de soutien psychosocial aussi bien que de prise en charge des besoins physiques dans la réadaptation après le conflit.

Approche psychosociale

Les expériences variées et souvent violentes du conflit armé ont des répercussions profondes sur le développement et le bien-être de l'enfant. Le terme "psychosocial" ne fait que souligner les liens dynamiques entre les effets psychologiques et sociaux, qui s'influencent les uns et les autres en permanence. Les "effets psychologiques " concernent les émotions, les comportements, les pensées, la mémoire, la capacité d'apprentissage, les perceptions et la compréhension.

Les "effets sociaux" réfèrent aux relations altérées à la suite d'une mort, d'une séparation, d'un éloignement et d'autres pertes, ruptures familiales et communautaires, atteintes aux valeurs sociales et pratiques coutumières, ainsi que la destruction des infrastructures et services sociaux.

Les effets sociaux comportent par ailleurs une dimension économique où beaucoup d'individus et de familles ont tout perdu avec la dévastation matérielle et économique causée par le conflit armé, et ont ainsi été privés de leur statut et place dans un système social.

Les enfants soldats ont souvent connu un processus de désocialisation pendant le conflit armé. Comme l'expliquait le représentant d'une ONG locale au Salvador, les enfants soldats ont été "socialisés par une existence polarisée autour de l'hostilité". Ils sont privés de la socialisation en termes de culture, de moralité et de valeurs dont les enfants bénéficient normalement grâce à la famille et à la communauté. Ces carences doivent être restaurées au cours du processus de réintégration.

La réintégration des enfants soldats soulève des problèmes psychosociaux complexes. L'adolescence est la période où se développe l'identité, et l'enfant soldat peut rejeter le passage d'une identité de soldat à une identité civile.

Les enfants soldats développent leur comportement sur une expérience de violence et d'autoritarisme canalisée par le conflit armé. Surmonter la méfiance qu'ils ont apprise peut être difficile. C'est la raison pour laquelle les programmes de réintégration doivent mettre l'accent sur l'établissement des relations durables, constructives et confiantes avec les adultes, en privilégiant l'environnement familial.

Education formelle et alternative

L'accès aux circuits formels d'éducation représente un défi spécifique dans la réintégration des enfants soldats, bien que ces derniers et leurs familles considèrent pour la quasi-totalité qu'il s'agit d'une chance déterminante pour l'avenir. Les considérations économiques sont souvent le principal obstacle à l'éducation.

Les anciens enfants soldats mentionnent de nombreux obstacles à leur réinsertion dans les circuits formels d'éducation, dont les suivants :

Ces derniers interviennent au niveau local pour identifier les enfants infirmes et déscolarisés, organisent leur inscription avec leurs parents, les enseignants et les directeurs, et fournissent une formation et un soutien aux enseignants qui travaillent avec les enfants infirmes qui ont des difficultés scolaires. Le réseau catéchiste en Angola a joué un rôle similaire, et les investissements dans la formation et la prise de conscience pourraient avoir des répercussions très positives si la paix était restaurée.

Les anciens enfants soldats doivent bénéficier d'horaires de cours plus flexibles, axés sur l'alphabétisation et le calcul. Une formation leur permettant de mieux développer leur expérience de vie - incluant la nutrition, la sexualité et la santé, ainsi que la gestion des finances - doit par ailleurs être intégrée. Ces moyens d'éducation font gravement défaut dans les programmes de réintégration.

Les programmes de réintégration doivent répondre à la nécessité immédiate de revenus pour la plupart des enfants soldats.

Au Liberia, 77 % des anciens enfants soldats expriment le souhait de retourner à l'école. Les intervenants des programmes ont constaté que l'enseignement formel était préféré y compris dans les régions où une formation professionnelle et une alphabétisation gratuites étaient proposées.

Pratiques de guérison traditionnelles

Les facteurs les plus importants de la réintégration sont : un environnement "normal", une capacité au pardon exprimée par des cérémonies culturelles et religieuses, et la réunification des familles.

Le programme angolais a mis la culture au centre de la prise en charge des répercussions psychosociales du conflit, notamment des rituels de guérison traditionnels pour les enfants soldats. Les rituels contribuent à faire accepter l'enfant, à apaiser les mauvais esprits liés aux actions de l'enfant pendant le conflit, et à le réconcilier avec les esprits des ancêtres.

De manière similaire, dans le nord de l'Ouganda, d'anciens enfants soldats ont rapporté l'importance des cérémonies de purification traditionnelles pour permettre à toute la communauté de comprendre qu'ils étaient "décontaminés".

Tout en protégeant contre les souffrances que peuvent provoquer les rituels, les programmes de réintégration doivent appuyer les mesures jugées adéquates par la communauté. Certains remettent en cause les cérémonies de "purification" des anciens enfants soldats, mais l'importance de ces processus aux yeux de la famille et de la communauté est intégral à la dynamique de guérison et de rétablissement post-conflit.

Les besoins négligés des filles et des handicapés

Les programmes destinés aux enfants soldats doivent, utiliser des stratégies axées sur les communautés pour atteindre les filles, les handicapés et d'autres groupes que les programmes de démobilisation négligent fréquemment. Au Salvador, 33 % des anciens enfants soldats étaient des filles. Bien qu'elles n'aient pas mentionné de problèmes de stigmatisation par la famille ou la communauté lorsqu'elles avaient eu des relations sexuelles et des enfants hors du mariage, les programmes de soutien n'ont pas pris en compte les besoins des foyers dont le chef était de sexe féminin. Le même problème s'est posé au Liberia.

Les besoins des anciens enfants soldats souffrant d'infirmités sont aussi souvent ignorés. L'omission des filles et des handicapés dans de nombreux programmes bénéficiant aux enfants soldats montre la nécessité d'approches axées sur les communautés soutenant les besoins de rétablissement et d'intégration de tous les enfants affectés par la guerre.

Enseignements

Les intervenants, les enfants soldats et leurs familles sont confrontés à une situation difficile au cours de la transition vers la paix. Cette transition ne doit pas être entravée par un manque de volonté politique, des programmes de réunification familiale qui ne seraient pas menés à terme, ou par un soutien psychosocial et des opportunités économiques et d'éducation inexistantes. Les anciens enfants soldats luttant pour un avenir meilleur - en dépit de la continuation du conflit, de la violence sociale et de la rareté des appuis à leur réintégration - prouvent qu'il est possible de renouer avec une vie civile constructive.

La démobilisation et la réintégration des enfants soldats sont souvent jugées sans espoir surtout lorsque les enfants soldats ont été enrôlés de force et amenés à participer à des atrocités, alors que les enfants et les adolescents impliqués dans des conflits armés peuvent renouer des relations sociales constructives et recommencer des vies civiles productives. Ce n'est pas chose facile, cependant, et cela dépend essentiellement de la volonté politique et des ressources permettant d'inclure les enfants soldats dans les accords de paix et les programmes de démobilisation, ainsi que d'appuyer leur réintégration dans les familles et la communauté.

L'exclusion des enfants soldats dans le processus de paix salvadorien a fait obstacle à leur réintégration, suscité du ressentiment et provoqué leur marginalisation sociale et économique. En Angola, une résolution officielle donnant la priorité aux enfants soldats s'est avérée essentielle pour leur démobilisation.

Les années de développement que l'enfant perd au sein d'une armée, qu'il l'ait rejointe volontairement ou y ait été enrôlé de force, affectent profondément son identité future. Dans la mesure où les enfants soldats sont privés d'une socialisation normale, culturelle et de valeurs morales, ils connaissent un processus de désocialisation.

Certains pays ont entrepris des programmes de démobilisation et de réintégration visant les enfants soldats. Mais, faute de disposer de données sur les expériences faites et les bonnes pratiques identifiées et de bénéficier de leur diffusion, ces pays n'ont pas pu compter sur des repères établis et avoir accès aux expériences des autres pays.

Parmi les autres enseignements, on peut mentionner :

La réunification des familles - ou, à défaut, le recours à des familles d'accueil ou un appui aux enfants soldats menant une vie indépendante - est cruciale pour une réintégration réussie. Le soutien psychosocial, qui inclut les rituels traditionnels et la médiation familiale et communautaire, est décisif lorsqu'il s'agit de faire face au comportement asocial et agressif imposé aux enfants soldats et de les aider à se remettre de leurs expériences traumatiques.

Enfin, les opportunités économiques et d'éducation doivent être déterminées individuellement et prendre en compte les besoins de subsistance des familles. Dans certains cas, l'apprentissage et l'appui aux micro-entreprises ont été plus efficaces que la formation professionnelle. Les ressources et les programmes doivent pouvoir rencontrer les besoins des enfants soldats en termes de sources de revenus et d'éducation.

La réintégration demande des financements bloqués sur une période de temps suffisante, d'au moins trois à cinq ans.

Comment mettre fin à l'utilisation des enfants soldats

Pour mettre fin au recrutement d'enfants et favoriser la réintégration des enfants soldats en Afrique, les gouvernements et les groupes d'opposition armés doivent :

« Nos enfants sont notre avenir. Autoriser leur exploitation dans des conflits armés leur nuit irrémédiablement et limite les perspectives d'avenir de tous. En effet, cette exploitation prive les peuples des futurs dirigeants dont ils ont besoin pour reconstruire leur société après les conflits et dévaste la génération dont la société a besoin pour se réconcilier et trouver la justice à la fin des combats. »

[ Source Dr TUMBA Tutu-De-Mukose La conscience.com ]

Tumba Tutu-De-Mukose Mwenda-Mbadi est né à Kananga, ex-Luluabourg Malandi Wa Nshinga (RDCongo) le 13 décembre 1953 de Mashidiku Jérôme+ (Ancien Président des Balubakat à Luluabourg) et de Muadi Mulanga Marie-José. Pédagogue de formation, Tumba Tutu-De-Mukose Mwenda-Mbadi est originaire du village Mukose, collectivité Kayamba, territoire Kabongo, district du Haut Lomami dans la Province du Katanga. Victime de persécutions sous le régime du Maréchal Mobutu, alors qu'il était instituteur (1973-1977), Tumba Tutu-De-Mukose Mwenda-Mbadi se voit contraint de quitter clandestinement le Zaïre son pays d'origine, le 4 novembre 1978 pour la France, où l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), après interrogatoire, lui reconnaît la qualité de réfugié politique en 1979. A Paris, Tumba Tutu-De-Mukose Mwenda-Mbadi poursuit laborieusement des études supérieures à l'Université Paris VIII jusqu'à l'obtention d'une Maîtrise en "Administration Économique et Sociale" (1983), avant de soutenir une thèse de doctorat à l'Université Paris IX-Dauphine en 1986 : Thèse sur : L'Expérience administrative coloniale au Congo belge et au Congo français. Essai sur le mimétisme administratif

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